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Bataille De Dames
by Eugene Scribe and Ernest Legouve
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HENRI, a ce cri et apercevant Montrichard va a lui et vivement a voix basse. Je suis sur la trace!

MONTRICHARD, bas. Et moi aussi.

HENRI. Il est dans le chateau.

MONTRICHARD. Je viens de l'apprendre.

HENRI. Sous un deguisement.

MONTRICHARD, bas. Bravo!... (Voyant que Leonie a releve la tete et le regarde.) Silence!... (S'approchant de Leonie.) Je vous vois si emue, si troublee, mademoiselle, que je craindrais que ma presence ne devint importune.... je me retire.... (A Henri, en s'eloignant.) Veille toujours, et qu'il ne sorte pas d'ici.

HENRI, bas. Il n'en sortira pas ... tant que j'y serai.[152] ...

MONTRICHARD. Bien!... (Il sort.)



SCENE XII

LEONIE, HENRI.

HENRI, se jetant sur une chaise en riant. Ah! ah! ah! quelle scene!

LEONIE. Ah! ne riez pas, monsieur, ne riez pas!...

HENRI. Ciel! quelle douleur sur vos traits! Qu'avez-vous donc?

LEONIE. Accablez-moi, monsieur Henri, maudissez-moi!...

HENRI. Vous?...

LEONIE. Je suis une malheureuse sans foi et sans courage![153]

HENRI. Au nom du ciel! que dites-vous?

LEONIE. Vous vous etiez confie a moi, vous m'avez revele le secret d'ou depend votre vie.... Eh bien! ce secret, je l'ai livre ... je vous ai trahi!

HENRI. Comment?

LEONIE. Devant votre juge, ici ... a l'instant meme!... Oh! lache que je suis!... j'ai eu peur!... (Se reprenant vivement.) peur pour vous, monsieur!...

HENRI, surpris. Est-il possible?

LEONIE, sanglotant. Moi!... vous perdre?... moi, qui donnerais ma vie pour vous sauver!...

HENRI. Qu'entends-je?

LEONIE. Mais, je ne survivrai pas a votre arret, je vous le jure.... Aussi, je vous supplie de ne pas m'en vouloir et de me pardonner.... (Elle se jette a genoux.)

HENRI, voulant la relever. Leonie! au nom du ciel!...



SCENE XIII

LES PRECEDENTS, LA COMTESSE, entrant vivement.

LA COMTESSE. Que vois-je?... Et que fais-tu la?...

LEONIE. Je lui demande grace et pardon, car c'est par moi que tout est decouvert, par moi que tout est perdu!

LA COMTESSE, vivement. Perdu!... Perdu?... non pas; je suis la, moi!

LEONIE, avec joie. Oh! ma tante!... sauvez-le!...

HENRI. Ne craignez rien, monsieur de Montrichard m'a pris pour complice!...

LA COMTESSE, vivement. Ne vous y fiez pas! Un mot, un geste, une seconde suffisent pour l'eclairer; mais je suis la!...



SCENE XIV

LES PRECEDENTS, DE GRIGNON.

DE GRIGNON. Qu'est-ce que cela signifie, le savez-vous, comtesse? qu'est-ce que tous ces bruits de conspiration, de conspirateurs deguises?...

LA COMTESSE. Un reve de monsieur de Montrichard!

DE GRIGNON. Un reve? soit; mais en attendant on arrete tout le chateau, toute la livree!

LEONIE, avec frayeur. O ciel!

LA COMTESSE, a de Grignon. Vous en etes sur?...

DE GRIGNON. Parfaitement! je viens de voir saisir votre cocher et un de vos valets de pied ... mais, tenez, voici un brigadier[154] de gendarmerie ... non, de dragons ... qui vient sans doute ici avec des intentions ... de gendarme....



SCENE XV

LES PRECEDENTS, UN BRIGADIER DE GENDARMERIE.

LE BRIGADIER, a Henri. Ah! c'est vous que je cherche, monsieur.

HENRI. Moi?

LE BRIGADIER. Veuillez me suivre....

HENRI, au brigadier. Il y a erreur, monsieur, je suis attache au service particulier de monsieur le prefet.

LE BRIGADIER. Il n'y a pas erreur; mes ordres sont precis; veuillez me suivre!...

LA COMTESSE, bas a Henri. N'avouez rien, je reponds de tout.... (Haut.) Allez donc, Charles, allez, obeissez.

HENRI. Oui, madame. (Il va prendre son chapeau sur la cheminee.)

LA COMTESSE, bas a de Grignon. Ici, dans un quart d'heure, il faut que je vous parle, a vous seul.

DE GRIGNON. Moi?

LA COMTESSE. Silence!... (Elle se dirige a gauche, vers Leonie.)

DE GRIGNON, a part. Un rendez-vous? De mieux en mieux!

LEONIE, a part. Et c'est moi qui le perds!

HENRI, au brigadier. Je vous suis.

LA COMTESSE, a part. Perdu par elle! sauve par moi!... (Elle sort a gauche, avec Leonie; Henri et le brigadier, par le fond; de Grignon, par la droite.)



ACTE TROISIEME

Meme decor.



SCENE I

LA COMTESSE, LEONIE, entrant chacune d'un cote oppose.

LA COMTESSE, a Leonie. Eh bien! quelles nouvelles?

LEONIE. J'ai execute toutes vos instructions sans trop[155] les comprendre.

LA COMTESSE. Cela n'est pas necessaire.... La livree de George, mon valet de pied ...

LEONIE. Je l'ai fait porter, comme vous me l'aviez dit ... (Montrant l'appartement a gauche.) la dans cet appartement; mais monsieur de Montrichard ...

LA COMTESSE. Il a appele tour-a-tour devant lui tous les domestiques de la maison, les renvoyant apres les avoir interroges.

LEONIE. Et monsieur Henri?

LA COMTESSE. Il l'a toujours garde aupres de lui.

LEONIE, effrayee. C'est mauvais signe.

LA COMTESSE. Peut-etre!

LEONIE. Signe de soupcon ...

LA COMTESSE. Ou de confiance! car Tony, notre petit groom, qui ecoute toujours, a entendu, en placant sur la table des plumes et de l'encre qu'on lui avait demandees ...

LEONIE. Il a entendu ...

LA COMTESSE. Henri disant a voix basse au prefet: "Ne vous decouragez pas; je vous assure qu'il est ici, qu'on veut le faire evader sous le costume d'un des gens de la maison."

LEONIE. Quelle audace!... Cela me fait trembler ...

LA COMTESSE. Et moi, cela me rassure!... On peut mettre cette idee a profit; mais il faut se hater ... Henri est imprudent!... il finira par se trahir!...

LEONIE. Et vous voulez le faire evader?

LA COMTESSE. Le faire evader?... Enfant!... ou sont les troupes ennemies?

LEONIE. Une douzaine de gendarmes dans la cour du chateau.

LA COMTESSE. Bien.

LEONIE. Une trentaine de dragons en dehors, autour des fosses[156] et devant la grande porte.

LA COMTESSE. Tres bien!

LEONIE. Par exemple,[157] ils ont oublie de garder la porte des ecuries et remises qui donne[158] sur la campagne.

LA COMTESSE, souriant. Tu crois!... Je reconnais bien la monsieur de Montrichard ...

LEONIE. Vous en doutez ... ma tante?... (La conduisant vers la porte a gauche qui est restee ouverte.) Par la croisee de cette chambre qui donne sur la grande route, regardez ... pas un seul soldat!

LA COMTESSE. Non! mais a vingt pas plus loin, ne vois-tu pas le bouquet de bois?[159] ... Il doit y avoir la une embuscade.

LEONIE. Comment supposer.... (Poussant un cri.) Ah! mon dieu! j'ai vu au dessus d'un buisson le chapeau galonne[160] d'un gendarme....

LA COMTESSE. Quand je[161] te le disais....

LEONIE. Ah! je comprends!... on voulait l'engager a fuir de ce cote....

LA COMTESSE. Pour mieux le saisir ... precisement.... Merci, monsieur le baron! le moyen est bon, et il pourra nous servir!

LEONIE. Comment?

LA COMTESSE. Fie-toi a moi.... J'entends monsieur de Grignon ... va dire a Jean, le palefrenier, de mettre les chevaux a la caleche ...

LEONIE. Mais, ma tante ...

LA COMTESSE. Va, ma fille, va!... (Leonie sort par la porte de gauche.)



SCENE II

LA COMTESSE, DE GRIGNON, entrant mysterieusement sur la pointe des pieds.

DE GRIGNON. Me voici, madame, fidele au rendez-vous que vous m'avez donne!... (Il va prendre une chaise.)

LA COMTESSE, avec amabilite. Je vous attendais ...

DE GRIGNON, avec joie. Vous m'attendiez!...

LA COMTESSE. Et tout en vous attendant, je revais ...

DE GRIGNON. A qui?

LA COMTESSE. A vous!...

DE GRIGNON. Est-il possible!...

LA COMTESSE. Oui, a ce caractere chevaleresque, a ce besoin de danger, qui vous tourmente....

DE GRIGNON. J'en conviens!

LA COMTESSE. Et comme rien n'est plus contagieux que l'imagination, et que, grace au baron de Montrichard, j'ai l'esprit tout plein de conspirateurs et d'arrestations, j'etais la[162] a faire des chateaux en Espagne[163] ... de catastrophes ... je me figurais un pauvre proscrit condamne a mort....

DE GRIGNON. Et vous etiez le proscrit.

LA COMTESSE. Non, au contraire, c'est a moi qu'il venait demander asile.

DE GRIGNON. C'est bien aussi....

LA COMTESSE. Il m'apprenait qu'il avait une mere, une soeur....

DE GRIGNON. Comme c'est vrai!

LA COMTESSE. Et soudain voila des soldats qui entourent le chateau en m'ordonnant de leur livrer mon hote....

DE GRIGNON, se levant. Le livrer ... jamais!

LA COMTESSE. Comme nous nous entendons!... Ils me menacaient presque de la mort!...

DE GRIGNON. Qu'importe la mort! surtout si celle que l'on aime est la pour vous encourager, pour vous benir.... Ah! comtesse, quand je fais de tels reves, avec vous pour temoin, mon coeur bat, ma tete s'exalte....

LA COMTESSE, souriant. Peut-etre parce que c'est un reve!...

DE GRIGNON. Quoi! Vous doutez qu'en realite.... Mais que faut-il donc pour vous convaincre? Ce matin, j'ai failli,[164] pour vous, me jeter au milieu des flammes ... ce soir, je voudrais vous voir dans un peril mortel pour vous en arracher ou le partager avec vous....

LA COMTESSE. Quelle chaleur!...

DE GRIGNON. Ah! vous ne le connaissez pas ce coeur qui vous adore, vous ne savez pas de quel sacrifice, de quel devouement l'amour le rendrait capable.... Oui ... je n'adresse au ciel qu'une priere, c'est qu'il m'envoie une occasion de mourir pour vous!

LA COMTESSE. Eh bien! le ciel vous a entendu.

DE GRIGNON. Comment?

LA COMTESSE. Cette occasion que vous imploriez, il vous l'envoie!

DE GRIGNON. Hein?

LA COMTESSE. Charles, mon valet de chambre, que vous avez vu arreter, n'est pas Charles: c'est monsieur Henri de Flavigneul.

DE GRIGNON. Quoi!...

LA COMTESSE. Monsieur Henri de Flavigneul, condamne a mort comme conspirateur.

DE GRIGNON. Ciel!

LA COMTESSE. Et vous pouvez le sauver!...

DE GRIGNON. Comment?...

LA COMTESSE. En vous mettant a sa place.

DE GRIGNON. Pour etre fusille!...

LA COMTESSE. Non!... cela n'ira pas jusque-la; mais, pendant quelques instants seulement, il faut consentir a passer pour lui, a vous faire arreter pour lui....

DE GRIGNON. Ah! permettez, madame, permettez; j'ai dit "tout pour vous!" ... Mais pour un inconnu ... pour un etranger....

LA COMTESSE. Pour un proscrit!...

DE GRIGNON. J'entends bien!

LA COMTESSE. Dont je suis la complice ... dont je dois defendre les jours[165] au peril des miens, et vous hesitez....

DE GRIGNON. Du tout![166] du tout! vous comprenez bien que si je tremble ... car je tremble ... c'est pour vous ... rien que pour vous ... car, pour moi ... cela m'est bien indifferent....

LA COMTESSE. Je le savais bien ... aussi je compte sur votre heroisme ... et moi! je tacherai qu'il soit sans peril!

DE GRIGNON. Sans peril!

LA COMTESSE. Je crois pouvoir en repondre.

DE GRIGNON. Sans peril!... (Avec enthousiasme.) Mais je veux qu'il y en ait ... moi!... je veux le braver pour vous.... Parlez, que faut-il faire?

LA COMTESSE. Prendre un habit de livree qui est la.

DE GRIGNON, avec intrepidite. Je le ferai!... Apres?

LA COMTESSE. Prendre les guides[167] et me conduire ...

DE GRIGNON. Je vous conduirai!... Apres?

LA COMTESSE. Jusqu'a deux cents pas d'ici ... ou des gendarmes se jetteront sur nous.

DE GRIGNON, avec un commencement d'effroi. Des gendarmes!

LA COMTESSE. Et vous arreteront.

DE GRIGNON, avec peur. Moi, de Grignon!...

LA COMTESSE. Non pas, vous de Grignon ... mais vous, Henri de Flavigneul ... et quoi qu'on vous dise, quoi qu'on vous fasse ...

DE GRIGNON. Quoi qu'on me fasse ...

LA COMTESSE. Vous avouerez, vous soutiendrez que vous etes Henri de Flavigneul.... On vous emprisonnera ...

DE GRIGNON. Moi ... de Grignon ...

LA COMTESSE. Vous, de Flavigneul ... et pendant ce temps le veritable Flavigneul passera la frontiere ... et sauve par vous, par votre heroisme....

DE GRIGNON. Et moi, pendant ce temps-la?

LA COMTESSE. Vous! en prison ... je vous l'ai dit.

DE GRIGNON. En prison!... (A part.) Des fers ... des cachots.... (Haut.) Permettez....

LA COMTESSE. Je vous expliquerai.... On vient ... vite, vite, la livree est la.

DE GRIGNON. Oui, madame ... je vais....

LA COMTESSE. Eh bien! ou allez-vous?

DE GRIGNON. Je vais prendre la livree....

LA COMTESSE. Ce n'est pas de ce cote!

DE GRIGNON. C'est juste ... c'est le salon!...

LA COMTESSE. C'est par ici!

DE GRIGNON. C'est vrai!... Je n'y vois plus....

LA COMTESSE. Attendez....

DE GRIGNON. Quoi donc?

LA COMTESSE. Prenez cette lettre.

DE GRIGNON. Pourquoi?

LA COMTESSE. Pour la mettre dans votre habit.

DE GRIGNON. L'habit de livree!

LA COMTESSE. Precisement.

DE GRIGNON. Dans quel but?

LA COMTESSE. Vous le saurez!... allez toujours!

DE GRIGNON. Oui, madame!

LA COMTESSE. Soyez pret a paraitre!

DE GRIGNON. En livree?

LA COMTESSE. Sans doute!... on vient ... allez donc ... allez vite!...

DE GRIGNON, sortant par la porte a gauche. Oui ... madame! Ah! mon pere! ma mere! ou m'avez-vous pousse![168]



SCENE III

LA COMTESSE, LEONIE.

LEONIE. Ma tante, ma tante ... monsieur de Montrichard monte pour vous parler!

LA COMTESSE. Deja?... Pourvu qu'Henri ne se soit pas trahi encore!

LEONIE. Voici le baron.

LA COMTESSE, lui montrant la table. La, comme moi, a ton ouvrage.[169]



SCENE IV

MONTRICHARD, LA COMTESSE, ET LEONIE, assises a droite et travaillant.

MONTRICHARD, parlant en dehors a un dragon. Continuez vos recherches; mais suivez surtout le domestique qui etait avec moi.

LEONIE, bas a la comtesse. Entendez-vous? Il soupconne monsieur Henri.

LA COMTESSE, avec trouble. C'est vrai!... (Se remettant.) Allons, du sang-froid.

MONTRICHARD, s'approchant de la comtesse et de Leonie et les saluant. Mesdames ...

LA COMTESSE. Ah! c'est vous, baron? vous venez vous reposer aupres de nous de vos fatigues; vous devez en avoir besoin.... Leonie ... un fauteuil a monsieur le baron.

MONTRICHARD, prenant lui-meme un siege. Ne prenez pas cette peine, mademoiselle.

LA COMTESSE, gaiement. Eh bien! ou en etes-vous de vos recherches? Avez-vous fait deja enfoncer bien des armoires dans le chateau? avez-vous bien fouille ... interroge?... Mais a propos d'interrogatoire, comment appelez-vous cet examen de conscience que vous avez fait subir a ma niece?

MONTRICHARD. Mademoiselle ne m'a appris que ce que je savais deja, que monsieur de Flavigneul est cache ici sous un deguisement.

LA COMTESSE. Voyez-vous cela ... un deguisement de femme peut-etre.... C'est peut-etre ma niece ou moi?

MONTRICHARD. Riez, riez.... Madame la comtesse, mais vous ne me donnerez pas le change.[170] ...

LA COMTESSE. Je m'en garderais bien![171] ... Savez-vous que vous avez fait la une belle trouvaille? Ah! ca,[172] comment allez-vous faire maintenant pour decouvrir le coupable parmi les vingt-cinq ou trente personnes du chateau....

MONTRICHARD. Le cercle se resserre, madame la comtesse; et si mes soupcons ne me trompent pas, d'ici a peu de temps ...

LEONIE, bas a la comtesse. Il sait tout, ma tante!... (La comtesse lui prend la main pour la faire taire.)

MONTRICHARD, continuant. Des que j'aurai un signalement que j'attends ...

LEONIE, bas. Ciel!

MONTRICHARD.... je pourrai, j'espere, ne plus vous importuner de ma presence.

LA COMTESSE. Ne vous genez pas, baron; et si vos soupcons se trompent ... ce qui leur arrive quelquefois ... veuillez-vous installer ici sans facon, sans ceremonie, comme chez vous ...

MONTRICHARD. Moi!...

LA COMTESSE. Certainement: et pour vous laisser toute liberte dans vos recherches, je vous demanderai la permission d'aller passer quelques jours a la ville, ou des affaires m'appellent.

LEONIE, etonnee. Vous, ma tante!

LA COMTESSE. Tais-toi donc!

MONTRICHARD, a part. Ah! elle veut s'eloigner!... (Haut) Vous partez?

LA COMTESSE. Oui, vraiment; et a moins que je ne sois prisonniere dans mon propre chateau ... et que monsieur le prefet ne me permette pas d'en sortir.... (Tout le monde se leve.)

MONTRICHARD. Quelle pensee, madame!... C'est a moi d'obeir, a vous de commander!

LA COMTESSE. Vous etes trop bon. J'avais d'avance use de la permission en demandant mes chevaux.... Sont-ils atteles?

LEONIE. Oui, ma tante.

LA COMTESSE, sonnant. Eh bien! pourquoi ne vient-on pas m'avertir? (Elle sonne toujours.)



SCENE V

LES PRECEDENTS, DE GRIGNON, en grande livree, sortant de la porte a gauche.

DE GRIGNON. La voiture de madame la comtesse est avancee.

LA COMTESSE. C'est bien.... Appelez ma femme de chambre, et partons!

MONTRICHARD. Permettez ... permettez ... madame ... (a de Grignon.) Restez.... Approchez ... approchez.... J'ai interroge tout a l'heure votre valet de pied.

LA COMTESSE. En verite!

MONTRICHARD. Et il me semble que ce n'etait pas celui-la.

LA COMTESSE. J'en ai deux, monsieur le baron.

MONTRICHARD. Deux! Ah! mais, monsieur est-il bien sur d'avoir toujours porte la livree?

LEONIE, vivement a Montrichard. Oh! certainement.

DE GRIGNON, bas a la comtesse. Il m'a deja vu ce matin en bourgeois.[173]

LA COMTESSE, bas. Tant mieux!

MONTRICHARD. Ce doit etre un domestique nouveau ... tres nouveau.

LA COMTESSE, avec embarras. Qui peut vous le faire croire?

MONTRICHARD. Un vague souvenir que j'ai, de l'avoir apercu sous un autre costume.

LA COMTESSE. En effet, il me sert quelquefois comme valet de chambre.

MONTRICHARD. Ah!... expliquez-moi donc alors certains signes que je crois remarquer et qui m'etonnent ... son trouble.

LEONIE. Du tout!...

DE GRIGNON, a part. Dieu! que j'ai peur d'avoir peur![174]

MONTRICHARD. Une certaine noblesse de traits ... n'est-il pas vrai, mademoiselle?

DE GRIGNON, a part. Je me trahis moi-meme.... Je dois avoir l'air si noble en domestique.

LA COMTESSE. Je vous assure, monsieur le baron ...

LEONIE. Oh! oui, nous vous assurons ...

MONTRICHARD. Alors, c'est different; et puisque vous m'assurez toutes deux que ce garcon est votre valet de pied ... je ne l'interrogerai pas ... non ... je l'arrete.... (Il remonte au fond.)

DE GRIGNON, bas. Ah! comtesse ...

LA COMTESSE, bas. Tout va bien! nous sommes sauves.... La lettre ... tirez la lettre de votre poche....

DE GRIGNON, bas. Comment?

LA COMTESSE, bas. Et rendez-la moi.

MONTRICHARD, a la comtesse. Eh bien!... (Redescendant) que dites-vous de mon idee?

LA COMTESSE, avec un embarras feint. Je dis, je dis, monsieur le baron, que c'est pousser assez loin la raillerie ... et que vous ne me priverez pas d'un serviteur qui m'est utile....

MONTRICHARD. C'est que j'ai dans la pensee qu'il peut m'etre fort utile aussi....

LA COMTESSE, se rapprochant de de Grignon. Vous ne le ferez pas!

MONTRICHARD. Pourquoi donc?

LA COMTESSE, avec un embarras croissant et se rapprochant toujours de de Grignon. Parce que ... parce que.... (Bas a de Grignon) La lettre.... (Haut.) Parce que ... cet homme est chez moi ... est a moi[175] ... que j'en reponds....[176] (Bas a de Grignon.) La lettre, ou vous etes perdu.... (De Grignon tire la lettre de son habit et va pour la lui remettre.)

MONTRICHARD, qui a tout suivi des yeux, s'approchant vivement. Ce papier! je vous ordonne de me remettre ce papier, monsieur....

LA COMTESSE, avec l'accent le plus trouble, a de Grignon. Je vous le defends!

MONTRICHARD, vivement. Toute resistance serait inutile, monsieur ... ce papier.

DE GRIGNON. Le voici, monsieur.

LA COMTESSE, se cachant la tete dans les deux mains. Le malheureux, il est perdu!

DE GRIGNON, a part. J'aimerais mieux etre ailleurs!

MONTRICHARD, lisant l'adresse, puis le commencement de la lettre. A monsieur de Flavigneul! Mon cher fils ... (Il s'arrete, cesse de lire, remet la lettre a de Grignon; avec solennite.) Monsieur Henri de Flavigneul, au nom du roi et de la loi, je vous arrete.... (Il remonte au fond.)

LEONIE, qui a tout suivi, poussant un cri de joie. Ah!... quel bonheur!

LA COMTESSE, bas a Leonie. Pleure donc!

MONTRICHARD, au dragon. Emparez-vous de monsieur.

LA COMTESSE. Monsieur le baron, je vous en supplie ...

MONTRICHARD. Je ne connais que mon devoir, madame.... (Au dragon) Conduisez monsieur dans la piece voisine ... constatez son identite, sa declaration suffira, et apres, vous connaissez mes instructions.... (Le dragon fait signe que oui.)

DE GRIGNON. Que voulez-vous dire?

MONTRICHARD, a de Grignon. Adieu, brave et malheureux jeune homme, croyez que vous emportez mon estime ... et mes regrets....

DE GRIGNON. Permettez ... monsieur ... permettez!...

MONTRICHARD, au dragon. Emmenez-le.

DE GRIGNON. Ou donc?... (La comtesse lui serre la main, et il sort sans rien dire.)

MONTRICHARD, a la comtesse, qui a son mouchoir sur les yeux. Pardonnez, madame, a mon importunite, mais mon premier devoir est d'avertir monsieur le marechal d'un evenement de cette importance. Ou trouverai-je ce qui est necessaire pour ecrire?

LA COMTESSE. Dans cette chambre.... (Montrant la porte a gauche.) Ma niece va vous le donner, monsieur.

LEONIE, voyant entrer Henri par cette porte. Ciel! monsieur Henri!

MONTRICHARD, remonte le theatre de quelques pas et se trouve a cote de lui. Bas. Tu m'avais dit vrai, il etait ici ... deguise; mais malgre son deguisement, je l'ai decouvert.... (Lui prenant la main.) Je le tiens!

HENRI, resolument. Eh bien! monsieur?

MONTRICHARD. Silence! voila tes vingt-cinq louis. (Il lui glisse dans la main une bourse et sort en passant devant Leonie qui ne veut passer qu'apres lui.)

HENRI, stupefait avec la bourse dans la main. Qu'est-ce que cela signifie?

LEONIE, vivement. Que je suis au comble du bonheur, car vous etes sauve.

HENRI. Sauve!...

LEONIE. Grace a ma tante ... adieu!... (Elle s'elance dans l'appartement sur les pas de Montrichard.)



SCENE VI

HENRI, LA COMTESSE.

HENRI, jetant la bourse sur la table. Sauve!... sauve par vous!...

LA COMTESSE. Pas encore!... J'ai detourne les soupcons du baron ... il croit tenir le coupable ... mais tant que vous serez dans le chateau, tant que vous n'aurez pas traverse la frontiere ... je craindrai toujours....

HENRI. Et moi, je ne crains plus rien ... grace a celle dont l'esprit, dont l'adresse ...

LA COMTESSE. De l'esprit, de l'adresse! il n'y a la que du coeur, cher Henri: c'est parce que je souffrais ... c'est parce que tout mon sang etait glace dans mes veines, que j'ai trouve la force de veiller sur vous! Vous croyez donc, ingrat ... (car vous etes un ingrat!) de l'esprit! de l'adresse! grand dieu![177] ... vous croyez donc que la pitie, que l'affection pour un malheureux, consistent a perdre la tete au moment de son danger, a le trahir par son emotion meme, comme font les enfants.... Non, Henri, la vraie tendresse, la tendresse profonde, c'est de rire en face de ce peril, c'est de railler avec la mort dans le coeur; seulement, quand le danger s'eloigne, le courage s'epuise, la force vous abandonne.... (Fondant en larmes.) Eh! si vous aviez ete arrete, j'en serais morte!

HENRI. Chaque jour, chaque instant me revelera donc en vous une qualite nouvelle.... Je cherche en vain dans mon coeur quelques paroles qui vous disent tout ce que j'eprouve.... Vous qui pouvez tout ... vous qui savez tout ... ange, fee, enchanteresse, enseignez-moi donc le moyen de vous payer de[178] tout ce que je vous dois!

LA COMTESSE. Vous ne me devez rien!

HENRI. De tout ce que je vous ai fait souffrir!

LA COMTESSE, avec un grand trouble. Avant de repondre, Henri ... je dois vous faire une demande ... ces paroles si tendres, que vient de prononcer votre bouche ... sortent-elles bien du fond de votre coeur?

HENRI. Ah! vous m'outragez! Quelle preuve ...

LA COMTESSE. Eh bien! c'est ...

HENRI. Parlez ... c'est ...

LA COMTESSE. Eh bien! mon ami ... c'est de m'aimer ... car je vous aime!... Silence ... on vient....



SCENE VII

LES PRECEDENTS, MONTRICHARD, une lettre a la main, sortant de la chambre ou il vient d'entrer. LEONIE.

MONTRICHARD. Merci, mademoiselle. Voici, grace a vous, mon courrier[179] termine.

LA COMTESSE, a part. Oh! si je pouvais le faire sortir maintenant!

MONTRICHARD, s'approchant de la comtesse. Pardonnez-moi ma victoire, madame.

LA COMTESSE. Ni votre victoire, monsieur le baron, ni votre maniere de vaincre!... Ah! est-ce la le prix que je devais attendre du service que je vous ai rendu?

MONTRICHARD. Le devoir passe avant[180] la reconnaissance, madame.

LA COMTESSE. Votre devoir vous commandait-il d'employer la ruse, la trahison?...

MONTRICHARD. Madame!...

LA COMTESSE. Je le repete ... la trahison!... Vous aurez soudoye quelque conscience, achete quelqu'un de mes gens ... osez-le nier!... Mais j'y pense![181] ... oui.... (Regardant Henri.) Vos regards d'intelligence avec ce garcon ... les entretiens mysterieux que vous aviez ensemble!... (Se tournant vers Henri.) Ah! miserable serviteur ... c'est donc vous qui m'avez trahi?...

HENRI. Moi, madame?

LA COMTESSE. Oui, vous!... je le vois a votre trouble ... a l'embarras du baron ... je vous renvoie, je vous chasse ... sortez.... (D'un air severe et etouffant un sourire.) Sortez!...

MONTRICHARD. Mais ...

LA COMTESSE. Il ne restera pas une minute de plus a mon service.

MONTRICHARD. Et moi, je le prends au mien!

LA COMTESSE. Vous ne le ferez pas, monsieur!

MONTRICHARD. Si vraiment, madame la comtesse.... (A Henri.) Allons, mon garcon, a cheval et au galop jusqu'a Saint-Andeol!

LEONIE. Ciel!

MONTRICHARD, lui remettant une lettre. Cette lettre est pour monsieur le marechal commandant la division.

HENRI. Mais, monsieur le prefet, les soldats ne me laisseront pas passer.

MONTRICHARD. Je vais en donner l'ordre.

HENRI, bas a la comtesse pendant que Montrichard remonte vers la porte pour donner aux dragons l'ordre de laisser sortir Henri. Je vous dois ma vie, disposez-en!

MONTRICHARD, a Henri. Allons, allons, pars.

HENRI. Dans une heure, monsieur le prefet, je serai a mon poste.... (Montrichard remonte le theatre avec Henri, en lui donnant ses dernieres recommandations.)



SCENE VIII

LES PRECEDENTS, excepte HENRI.

MONTRICHARD, aux dragons du fond. Et, vous autres, amenez le prisonnier.

LA COMTESSE, a part. C'est trop tot.... (Haut.) Monsieur le baron, de grace ...

MONTRICHARD. Je ne suis, vous le savez, ni cruel, ni ami des condamnations, et si l'on m'eut ecoute, on eut accorde l'amnistie que je demandais.

LA COMTESSE. Je le sais, eh bien?

MONTRICHARD. Eh bien! ce jeune homme m'interesse!... il est votre ami, et je veux tenter de le sauver.

LEONIE. De le sauver?

LA COMTESSE. Comment cela?...

MONTRICHARD. Cela dependra de lui ... Je vais lui parler.

LA COMTESSE, avec embarras. Si vous attendiez?... une heure?... une demi-heure ... pour le laisser se remettre d'un premier moment de trouble?

MONTRICHARD. Soyez tranquille ... dans un instant nous serons d'accord, je l'espere, et avant dix minutes ... je saurai sans doute de lui ... tout ce que j'ai besoin de savoir....

LEONIE, a part. Dix minutes, c'est a peine s'il sera parti!

MONTRICHARD, voyant entrer de Grignon avec le dragon. Il va venir; veuillez, mesdames, vous eloigner.

LA COMTESSE. Un moment encore.

MONTRICHARD, severement. C'est mon devoir, comtesse....

LA COMTESSE, s'eloignant avec Leonie. Oh! mon dieu, que faire?

LEONIE. Que craignez-vous donc, ma tante?

LA COMTESSE. Si monsieur de Grignon faiblit ...

LEONIE. N'a-t-il pas du courage?

LA COMTESSE. Un courage qui n'a pas de patience et qui ne dure pas longtemps.... (Elles sortent par la porte a droite. Le dragon s'eloigne apres avoir remis un papier a Montrichard; la comtesse et Leonie sortent en faisant des gestes a de Grignon.)



SCENE IX

MONTRICHARD, DE GRIGNON.

MONTRICHARD. Pauvre jeune homme!... heureusement son salut depend encore de lui.

DE GRIGNON, a part. Je ne suis point a mon aise.

MONTRICHARD, a de Grignon. Approchez, monsieur.

DE GRIGNON. Vous desirez me parler, monsieur le baron?

MONTRICHARD, de meme. Oui, monsieur, encore une fois avant le moment fatal.

DE GRIGNON, a part. Quel moment?

MONTRICHARD, lui montrant le papier que lui a remis le dragon. Vous avez reconnu que vous etiez monsieur Henri de Flavigneul?

DE GRIGNON, avec un soupir. Oui!

MONTRICHARD. Ex-officier au service de l'empereur.

DE GRIGNON. Oui!

MONTRICHARD. Et c'est bien vous qui avez signe cette declaration?

DE GRIGNON, que la peur reprend. Oui!

MONTRICHARD. Il suffit: je n'ai pas besoin de vous dire, monsieur, que vous pouvez compter sur les egards, les prerogatives[182] dues a un brave.

DE GRIGNON. Des prerogatives?...

MONTRICHARD. Oui.... Si vous ne voulez pas qu'on vous bande les yeux, si meme vous voulez commander le feu ... soyez sur ...

DE GRIGNON. Commander le feu ... qu'est-ce que cela veut dire?

MONTRICHARD. Que malheureusement mes ordres sont formels. Vous avez ete deja juge et condamne, l'arret est prononce!... il ne me reste plus qu'a l'executer!... (Gravement.) Une heure apres leur arrestation, tous les chefs doivent etre fusilles sans delai et sans bruit.[183]

DE GRIGNON, hors de lui. Sans bruit!... oh! non pas!... j'en ferai du bruit ... moi!... on ne fusille pas ainsi les gens ... sans bruit est charmant!

MONTRICHARD. Ecoutez-moi, monsieur!...

DE GRIGNON. Sans bruit!...

MONTRICHARD. Je dois ajouter, et c'est la l'objet de notre entrevue ... qu'il est un moyen de salut.

DE GRIGNON. Lequel?

MONTRICHARD. Mais peut-etre ne voudrez-vous pas l'adopter.

DE GRIGNON. Et pourquoi donc ... et pourquoi pas, Monsieur.... (A part.) Sans bruit!...

MONTRICHARD. Il a ete decide qu'on accorderait leur grace a tous ceux qui feraient des declarations ... et si vous en avez quelqu'une a me confier ...

DE GRIGNON, vivement. Moi!... certainement ... et une tres importante....

MONTRICHARD, avec joie. Est-il possible!

DE GRIGNON. Je vous en reponds, une qui est decisive et categorique.

MONTRICHARD. C'est ...

DE GRIGNON. C'est ... que je ne suis pas ... (S'arretant.) Ciel! la comtesse ...



SCENE X

LES PRECEDENTS, LA COMTESSE.

LA COMTESSE, entrant vivement par la droite et s'adressant a Montrichard. Eh bien! monsieur ... je suis d'une inquietude....

MONTRICHARD. Rassurez-vous!... J'en etais sur ... monsieur de Flavigneul, qui peut se sauver d'un mot ... est pret a nous reveler ...

LA COMTESSE, avec effroi, se tournant vers de Grignon. Quoi?... qu'est-ce donc?... qu'avez-vous a reveler?

DE GRIGNON, vivement. Moi!... rien!... absolument rien!... (A part.) Quand elle est la, je n'ose plus avoir peur....

MONTRICHARD. Mais vous vouliez tout a l'heure me declarer....

DE GRIGNON, fierement. Que je n'avais rien a vous dire.

LA COMTESSE, lui serrant la main et a part. Bravo....

MONTRICHARD, a la comtesse. Mais dites-lui donc, madame, dites-lui vous-meme, qu'il se perd de gaiete de coeur[184]....

LA COMTESSE, bas a Montrichard. Vous avez raison ... laissez-moi quelques instants avec lui ... et je le deciderai ... moi!...

DE GRIGNON, a part et le regardant. Quand je la regarde, il me semble que l'ame de ma mere rentre en moi!...

LA COMTESSE, a Montrichard, regardant de Grignon. Oui!... oui ... j'ai de l'ascendant sur son esprit, il ne me resistera pas....

MONTRICHARD. Soit ... mais hatez-vous! je ne puis vous donner que jusqu'a l'arrivee du president de la cour prevotale ... que nous attendons.

LA COMTESSE. Et pourquoi?

MONTRICHARD, a demi-voix. Dispensez-moi de vous le dire!

LA COMTESSE. Pourquoi?

MONTRICHARD, a voix basse. Sa presence est necessaire, pour constater que le jugement a ete bien et dument....

LA COMTESSE, lui serrant la main. Silence!

MONTRICHARD. Vous comprenez?...

LA COMTESSE. Tres bien!

MONTRICHARD, a de Grignon. Je vous laisse avec madame! elle aura sur vous, je l'espere, plus de pouvoir que moi. Ecoutez la voix d'une amie.... (Montrichard sort par le fond, et l'on voit des dragons en sentinelle auxquels il donne des ordres.)



SCENE XI

LA COMTESSE, DE GRIGNON.

LA COMTESSE, a part, regardant de Grignon avec interet. Pauvre garcon!... cela m'a effrayee, comme si reellement[185]....

DE GRIGNON. Jamais ses yeux ne se sont portes sur moi avec autant d'amitie, et si ce n'etaient ces dragons qui sont la au fond.... (La comtesse s'approche de de Grignon, et l'entretien s'engage a voix basse.)

LA COMTESSE. Ah! merci, mon ami, merci!

DE GRIGNON. Vous etes donc contente de moi?

LA COMTESSE. Oui, et je ne vous demande plus que quelques instants de courage et de fermete.

DE GRIGNON. De la fermete?... j'en ai, vous etes la!... mais, ma foi, vous avez bien fait d'arriver.

LA COMTESSE. Vous vous impatientiez un peu?

DE GRIGNON. M'impatienter!... je mourais de.... (Avec abandon.) Ecoutez, il faut que mon coeur s'ouvre devant vous ... le mensonge me pese ... je ne suis pas ce que j'ai voulu paraitre a vos yeux.

LA COMTESSE. Comment?

DE GRIGNON. Je ne suis pas un heros ... au contraire; quand je dis au contraire ... ce n'est pas tout a fait juste, car il y a une moitie de moi, une moitie courageuse qui ... je vous expliquerai cela plus tard ... tant y a-t-il que[186] quand monsieur de Montrichard m'a parle d'etre fusille sans bruit ... dans une heure ... la peur m'a pris....

LA COMTESSE. On aurait peur a moins.

DE GRIGNON. Et j'ouvrais la bouche pour m'ecrier: Je ne suis pas monsieur de Flavigneul. Mais vous etes entree, et soudain, a votre vue, j'ai eu honte de mes terreurs, j'ai senti que je pouvais faire de grandes choses, pourvu que vous fussiez la! Ainsi, rassurez-vous, je ne trahirai pas monsieur de Flavigneul; tout ce que je vous demande, c'est de ne pas m'abandonner ... soyez la quand le prefet reviendra ... soyez la quand on me signifiera ma sentence, soyez la quand.... Je suis capable de tout ... meme de recevoir pour un autre dix balles au travers du corps, pourvu qu'en les recevant je vous entende dire ... je suis la!

LA COMTESSE, lui prenant la main. Brave garcon, car vous etes brave, je vous connais mieux que vous-meme; c'est votre imagination qui s'effraie ... ce n'est pas votre coeur.

DE GRIGNON. Bien, bien, parlez-moi ainsi!...

LA COMTESSE. Il ne vous manque qu'un bon danger qui vous saisisse a l'improviste.

DE GRIGNON. Eh bien! il me semble que j'ai ce qu'il me faut.[187]



SCENE XII

LES PRECEDENTS, MONTRICHARD.

MONTRICHARD. Je ne puis attendre plus longtemps ... madame!... monsieur le president de la cour prevotale....

LA COMTESSE. Vient d'arriver....

MONTRICHARD. Oui, madame!... il faut que monsieur de Flavigneul se decide a parler ... ou qu'il me suive!

DE GRIGNON, hardiment. Eh bien! je vous suis!

MONTRICHARD. Que dites-vous?

DE GRIGNON, avec exaltation. Mon parti est pris; le conseil de guerre, la cour prevotale, le peloton ... le feu de file[188]....

LA COMTESSE, effrayee. Y pensez-vous?

DE GRIGNON, de meme. Dix balles en pleine poitrine!... ca m'est egal!... une fois, que j'y suis, ca m'est egal.... (A la comtesse.) Je suis le fils de ma mere. (A Montrichard.) Partons, monsieur.

MONTRICHARD. Vous le voulez?... partons!

LA COMTESSE. Un instant ... un instant.

DE GRIGNON. Non, non, partons.

LA COMTESSE. Calmez-vous ... j'aurais d'abord une ou deux questions importantes a adresser a monsieur le baron.

MONTRICHARD. Des questions importantes?

LA COMTESSE. Oui! monsieur le baron. A quelle heure avez-vous arrete votre prisonnier?...

MONTRICHARD. Il y a une heure a peu pres ... mais je ne vois pas....

LA COMTESSE. Dites-moi, baron, vous avez du beaucoup voyager dans votre departement?...

MONTRICHARD. Sans doute, madame; mais, encore une fois....

LA COMTESSE. Alors, combien faut-il de temps pour aller d'ici a Mauleon sur un bon cheval?

MONTRICHARD. Trois petits quarts d'heure!... Mais quel rapport....

LA COMTESSE. Et de Mauleon a la frontiere? toujours sur un bon cheval?

MONTRICHARD. Dix minutes, mais ...

LA COMTESSE. Trois quarts d'heure et dix minutes ... total cinquante-cinq minutes.

MONTRICHARD. Oh! c'est trop fort, partons!

LA COMTESSE. Mais attendez donc!... Quel homme!... j'ai encore une derniere question a vous faire. Monsieur le president de la cour prevotale que vous attendiez, ne vous a-t-il pas ete envoye de Paris, et n'est-ce pas, si je ne me trompe, un ancien senateur!...

MONTRICHARD. Monsieur le comte de Grignon!

DE GRIGNON, poussant un cri de joie. Mon oncle!... mon bon oncle!

MONTRICHARD, stupefait. Votre oncle!

LA COMTESSE, froidement et lui faisant la reverence. Ici finissent mes questions, monsieur! je ne vous retiens plus vous pouvez conduire au president ... son neveu....

MONTRICHARD, interdit et regardant de Grignon avec effroi. Monsieur Henri de Flavigneul!

LA COMTESSE, riant. Fi donc!... un drame! une tragedie!... nous avons mieux que cela a vous offrir! une scene de famille.... (Montrant de Grignon.) Monsieur Gustave de Grignon, maitre des requetes ... que son oncle n'avait pas vu depuis longtemps; et c'est a vous, monsieur, qu'il devra ce plaisir!

MONTRICHARD, tout trouble. Quoi?... monsieur serait ... ou plutot ne serait pas ... c'est impossible!... vous voulez encore me tromper, madame!

LA COMTESSE, riant. Vous pouvez vous en rapporter au president lui-meme et a la voix du sang qui ne trompe jamais!...

MONTRICHARD. Et votre trouble ce matin quand j'ai fait arreter monsieur.

LA COMTESSE. Mon trouble? ruse de guerre.

MONTRICHARD. Cette lettre que j'ai prise sur lui.

LA COMTESSE. C'est moi qui venais de la lui remettre.

MONTRICHARD. Vos larmes de douleur!

LA COMTESSE, riant. Est-ce que j'ai pleure? Ah! pauvre baron, il ne faut pas m'en vouloir ... je vous avais promis de me moquer de vous ... et je ne me trompe jamais ... vous le savez?

DE GRIGNON. C'est du genie!

MONTRICHARD. Mais alors quel est donc ce coupable? car il etait ici, j'en suis certain.

LA COMTESSE. Ah! voila! qui est-ce? cherchez!

MONTRICHARD. Ciel! quel trait de lumiere!... si c'etait l'autre!

LA COMTESSE. Qui? l'autre? celui a qui vous avez donne un sauf-conduit; celui que vous avez essaye de seduire; celui pour lequel vous avez implore ma clemence, ah! je le voudrais bien![189]

MONTRICHARD. C'est lui! ah! je ne suis pas encore vaincu ... et je cours....

LA COMTESSE. Sur ses traces?... inutile!... vous ne le rattraperez jamais!

MONTRICHARD. Vous croyez?

LA COMTESSE. Il a un trop bon cheval!

MONTRICHARD, avec colere. Ah!

DE GRIGNON, riant. Ah! ah! ah!

LA COMTESSE. Le cheval du prefet lui-meme!... car vraiment vous avez pense a tout, genereux ami, meme a l'equiper!... et a le solder ... temoin ces vingt-cinq louis[190] que je suis chargee de vous rendre.... (Allant les prendre sur la table.) Car lui donner des honoraires pour vous tromper ... c'est trop fort!

MONTRICHARD. Ah! vous etes un monstre infernal. Tant de duplicite, tant de sang-froid! Et moi qui ai ecrit au marechal.... Je tiens le chef! Ah! je me vengerai!



SCENE XIII

LES MEMES, LEONIE, entrant tres agitee.

LEONIE, a Montrichard. Monsieur le baron, voici une depeche tres pressee qui arrive de Lyon.... (Montrichard prend les depeches, et Leonie s'approche vivement de la comtesse.)

MONTRICHARD. Du marechal!

LEONIE, bas. Ah! ma tante, quel malheur!

LA COMTESSE. Quoi donc?

LEONIE. Il est revenu!

LA COMTESSE, bas. Qui?

LEONIE, de meme. Monsieur Henri!

LA COMTESSE, bas. Comment?

LEONIE, bas et montrant un cabinet a droite. Il est la!...

LA COMTESSE, bas. Ciel!

MONTRICHARD, fait un geste de joie, puis apres avoir lu la depeche. Ah! Madame la comtesse!... a moi la revanche!

LA COMTESSE. Que voulez-vous dire?

MONTRICHARD. Vous triomphiez, tout a l'heure!... mais a la guerre la fortune est changeante, et malgre votre esprit et vos ruses, le sort de monsieur de Flavigneul est encore entre mes mains; oui, grace a ces depeches que m'envoie monsieur le marechal, je puis forcer le fugitif, en quelque lieu qu'il[191] soit, a se remettre lui-meme en mon pouvoir!

LA COMTESSE, avec trouble. Vous.... Comment?...

MONTRICHARD. C'est mon secret! A chacun son tour, madame la comtesse!... Je veux seulement avant mon depart, vous montrer que je sais me venger.... Monsieur de Grignon, je vais prevenir votre oncle pour qu'il vienne lui-meme vous rendre a la liberte.... Au revoir, madame la comtesse! (Il sort.)



SCENE XIV

DE GRIGNON, LA COMTESSE, LEONIE, puis HENRI.

LA COMTESSE. Que m'as-tu dit? Henri!

LEONIE. Il est la.

HENRI, paraissant par la porte a droite. Me voici!

DE GRIGNON, qui est au fond. Lui!

LA COMTESSE. Malheureux! que venez-vous faire ici?

HENRI, vivement. Mon devoir!... Avez-vous pu croire que je laisserais un innocent perir a ma place?

LA COMTESSE. Perir!

HENRI. Le vieux garde qui accompagnait ma fuite m'a tout appris ... monsieur de Grignon s'est offert pour moi ... monsieur de Grignon a ete arrete pour moi!...

LA COMTESSE. Et monsieur de Grignon est libre! malheureux enfant! Tenez, qu'il vous le dise lui-meme!...

HENRI, apercevant de Grignon et se jetant dans ses bras. Ah! monsieur, un tel devouement ...

DE GRIGNON. Entre gens de coeur, ce n'est qu'un devoir.... (A part.) C'est etonnant ... je le pense![192]

LEONIE. Et etre revenu chercher le peril quand tout etait dissipe ... conjure ...

LA COMTESSE, avec energie. Tout l'est encore!...

LEONIE. Comment?

LA COMTESSE, a Henri. Le dernier lieu ou l'on vous cherchera maintenant, c'est ici. Monsieur Montrichard va partir.... (A de Grignon.) Vous, en sentinelle[193] pour guetter son depart.

DE GRIGNON. J'y cours.

LA COMTESSE, a Henri. Vous ... dans ce cabinet.

HENRI. Mais ...

LA COMTESSE. Oh! je le veux!... et dans quelques instants plus de danger.... (Henri sort.)



SCENE XV

LA COMTESSE, LEONIE.

LA COMTESSE, a Leonie. Oui, oui, tu peux partager maintenant ma securite et ma joie.... (Voyant qu'elle se detourne pour essuyer ses yeux.) Eh! mon dieu! d'ou viennent tes larmes?

LEONIE. Je ne pleure pas, ma tante, je ne pleure plus.... (Sanglotant.) Je suis heureuse ... il est sauve!... mais en meme temps, je suis au desespoir ... car tout a l'heure, quand il est revenu si imprudemment ... quand je l'ai cache dans ce cabinet, ou je tremblais pour lui ... (Pleurant toujours.) il m'a dit ...

LA COMTESSE, vivement. Quoi donc?

LEONIE, de meme. Est-ce que je sais? est-ce que je puis me rappeler? Tout ce que j'ai compris ... c'est que tout etait fini pour moi!

LA COMTESSE, a part avec tristesse. J'entends.

LEONIE. Que nous ne pouvions jamais etre l'un a l'autre ...

LA COMTESSE, de meme et a part. C'est juste!... il fallait bien le lui dire!... (Prenant la main de Leonie.) Pauvre enfant!... et tu lui en veux[194] ... tu le detestes?

LEONIE. Oh! non!... mais j'en mourrai!

LA COMTESSE, cherchant a la consoler. Leonie ... Leonie ... il faut de la raison!... car si, par exemple ... il etait lie a une autre personne...

LEONIE, vivement. Justement!... c'est ce qu'il m'a dit! lie a jamais!

LA COMTESSE, vivement. Et il t'a nomme cette personne?

LEONIE. Non!... il ne l'a jamais voulu! mais vous, ma tante, est-ce que vous la connaissez?

LA COMTESSE. Je crois que oui!

LEONIE. En verite?... savez-vous si elle l'aime beaucoup.

LA COMTESSE, avec force. Oui!...

LEONIE. Et elle est aimable ... elle est jolie?

LA COMTESSE. Moins que toi, sans doute....

LEONIE. Eh bien! alors?...

LA COMTESSE. Que veux-tu, mon enfant, on ne raisonne pas avec son coeur ... et, quelle qu'elle soit, s'il la prefere ... si elle est aimee ...

LEONIE. Mais pas du tout! c'est moi qu'il aime!

LA COMTESSE. O ciel!

LEONIE. C'est moi! il me l'a avoue ... mais il est lie a elle par le respect, par l'amitie, que sais-je! par la reconnaissance ...

LA COMTESSE, vivement. La reconnaissance ... ah!

LEONIE. Lie surtout par une promesse[195] qu'il lui a faite ... et qu'il tiendra meme au prix de son sang! Voila qui est absurde! dites-le-lui, ma tante, vous seule pouvez le decider!

HENRI, qui depuis quelques instants ecoutait et a cherche en vain a se contenir, s'elance de la porte a droite. Taisez-vous! taisez-vous!

LA COMTESSE. Ciel!

LEONIE, a Henri. Rentrez, rentrez, de grace![196] Si monsieur de Montrichard arrivait ...

HENRI. Que m'importe!... j'aime mieux mourir!

LA COMTESSE. Mourir plutot que de manquer a votre promesse?... c'est bien, Henri!

LEONIE. Mais, ma tante.

LA COMTESSE. Laisse-moi lui parler. (Bas a Henri.) Je vous dois ma vie, disposez-en, m'avez-vous dit ... (Leonie s'eloigne de quelques pas.)

HENRI. Qu'exigez-vous?

LA COMTESSE. La seule chose que j'aie desiree, revee, poursuivie ... votre bonheur!

HENRI. Ciel!

LA COMTESSE, elle fait signe a Leonie de s'approcher; elle lui prend la main, et la met dans celle de Henri. Henri ... voici celle qu'il faut choisir.

HENRI. Ah! mon amie ... mon amie!

LEONIE. Ah! j'etais bien sure que je vous le devrais![197] (Elle se jette a ses genoux.)

DE GRIGNON, rentrant vivement par la porte a gauche. Eh bien! qu'est-ce vous faites donc la? voici monsieur de Montrichard!

TOUS. Monsieur de Montrichard!

LEONIE, a Henri. Oh! rentrez! rentrez!

DE GRIGNON. Il monte par cet escalier ... le voici!

LEONIE, a part. Il n'est plus temps!... (Henri qui est pres du canape a droite, s'y asseoit vivement, les deux femmes se tiennent debout devant lui, cherchant a le cacher par leurs jupes.[198])



SCENE XVI

LES PRECEDENTS, MONTRICHARD.

MONTRICHARD, entrant par la porte a gauche. Je viens vous faire mes adieux, madame la comtesse....

LEONIE, avec joie. Ah!

MONTRICHARD. Mais, avant de partir, je tiens a vous prouver que je ne me vantais pas en disant que cette depeche pouvait ramener en mon pouvoir de Flavigneul.

LEONIE, a part. Je tremble!

LA COMTESSE, a part. Que veut-il dire?

MONTRICHARD. Cette depeche est l'ordonnance que je sollicitais depuis si longtemps, l'ordonnance d'amnistie![199]

TOUS, poussant un cri de joie. L'amnistie!

LA COMTESSE et LEONIE, s'ecartant du canape ou est assis Henri. Il peut donc se montrer ...

HENRI, se levant. Ah! monsieur!

MONTRICHARD, avec un air de triomphe. Ah! j'etais bien sur que je le ferais reparaitre.

LEONIE. Ciel!

DE GRIGNON. C'etait un piege; nous y avons donne.[200] ... (Tous restent immobiles de terreur. Montrichard s'avance au bord du theatre et sourit a lui-meme avec un air de satisfaction. La comtesse s'approche doucement de lui, le regarde, saisit ce sourire et fait un geste de joie qu'elle reprime aussitot.)

MONTRICHARD. Monsieur Henri de Flavigneul ... au nom du roi et de la loi, je vous declare ...

LA COMTESSE, s'avancant et riant. Je vous declare libre et gracie ...

TOUS. Comment?

LA COMTESSE, gaiement. Eh! sans doute! ne voyez-vous pas que monsieur de Montrichard veut prendre sa revanche, et qu'il joue la une scene de terreur a mon usage.

LEONIE. Il serait vrai!

LA COMTESSE, prenant un papier des mains de Montrichard. Tenez!... lisez!... Ordonnance d'amnistie ...

MONTRICHARD. Maudite femme! On ne peut pas plus la tromper en bien qu'en mal.

LEONIE, a la comtesse. Et maintenant, tous trois reunis!

LA COMTESSE. Oui, ma fille!... mais plus tard ... car aujourd'hui je dois partir!

LEONIE. Partir!

DE GRIGNON. Vous partez? eh bien! je pars aussi! Oh! vous avez beau[201] dire: je pars! je vous suis! Rien ne m'arrete! je vous suis jusqu'au bout du monde! et, chemin faisant,[202] j'accomplirai devant vous de si belles choses, que vous finirez par vous dire: Voila un pauvre garcon dont j'ai fait un heros ... faisons-en un homme heureux!

LA COMTESSE. Ne parlons pas de cela[203]!... (Passant pres de Montrichard.) Eh bien! baron?

MONTRICHARD. J'ai perdu ... madame la comtesse. Je suis vaincu.

LA COMTESSE, avec emotion. Vous n'etes pas le seul! (Affectant la gaiete.) Que voulez-vous, baron? pour gagner, il ne suffit pas de bien jouer!

MONTRICHARD. Il faut avoir pour soi les as et les rois.[204]

LA COMTESSE, a part, regardant Henri. Le roi surtout!... dans les batailles de dames!



NOTES

Bataille de Dames, adapted by Charles Reade to the English stage as "The Ladies' Battle," might signify also "a game of checkers," and "a battle of the queens" at cards, to which there is an allusion in the closing speech of the play.

Page 1.

[Footnote 1: salon d'ete, summer parlor, which of course implies a mansion of some elegance.]

[Footnote 2: plan. French playwrights divide the stage into three or four lateral divisions called plans, and corresponding to similarly designated side-scenes, or pans coupes, between which are passages called coulisses; but those speaking from the coulisses, or addressing persons supposed to be in or behind them, are said to speak a la cantonade. The rear of the stage is called fond, and to this actors are said to remonter while they descendre toward the premier plan, nearest the footlights. These are all the stage terms used in this play that present any difficulty.]

ACT I. SCENE 1.

[Footnote 3: madame. French and German usage requires that a title of courtesy be prefixed to designations of adult relatives of the person addressed, as, e.g., madame votre mere, monsieur votre frere, mademoiselle votre soeur; but Charles, as valet, should have said, madame la comtesse alone. The reader should note that from the first his speeches show a refinement which to Leonie seems a surprising presumption. The disguised noble is too courteous to act a menial part successfully.]

Page 2.

[Footnote 4: The letter begins with allusion to the troubles at Lyons, in the environs of which the action is placed. This is the chief city on the Rhone, and was in 1817 the centre of a region seething with political intrigue against the recently restored Bourbon monarchy. That summer a rising had been sternly suppressed, and twenty-eight persons executed by General Canuel, who was recalled in the autumn (cp. p.14, line 24, and p.12, line 14); but there is no accuracy in details. The last lines of the letter allude to the dissatisfaction of the royalists, who had passed their youth in exile, with the studious moderation and cautious prudence of the new king, who gradually fell under the influence of clerical reactionaries, while many nobles would have preferred a return to the gallant fetes of the ancien regime.]

[Footnote 5: Ah bien oui! Indeed I would, but nowadays one has no time, etc.]

[Footnote 6: nee Kermadio, born a Kermadio, and so, as this name implies to a French ear, a Breton noble, and therefore almost certainly an extreme royalist, and so least likely to be suspected of sheltering a Bonapartist conspirator.]

[Footnote 7: timbree, post-marked.—pleine Vendee, in the heart of Vendee, in Poitou, noted for the fierce civil war between the French Republic and the local royalists (March-December, 1793), and the scene of frequent royalist outbreaks for many years after.]

[Footnote 8: maitre des requetes, referendary, a minor officer of the Council of State.]

[Footnote 9: avec humeur, out of temper, irritated.]

Page 3.

[Footnote 10: Talleyrand (1754-1838), a politician whose skill in unprincipled intrigue made him a power under every form of government, from the States-General that inaugurated the First Revolution until his death. Many epigrams like this testify to his cynicism, which anticipated remarkably the modern blague, as we find it, for instance, in "Le Gendre de monsieur Poirier."]

ACT I. SCENE 2

[Footnote 11: See preceding note and, for historical details, any biographical dictionary.]

[Footnote 12: The use of the imperfect subjunctive is far more restricted in French conversation than our school grammars would imply. Persons of little education hardly use it at all, and persons of refined culture avoid its ill-sounding forms; while even such classical authors as Voltaire sometimes substitute the present for it. Cp. my note to "Le Gendre de monsieur Poirier," p.29, note 2.]

ACT I. SCENE 3.

Page 13. [Footnote 13: se donner de l'importance, put on airs. She affects to attribute Charles's manner to the democratic tendencies of the age.]

[Footnote 14: tout a l'heure, by and by, but also "just now."]

[Footnote 15: courrier, mail, here.]

Page 5.

[Footnote 16: coup de tete, piece of rashness.]

[Footnote 17: Mon dieu. Wherever Dieu carries any suggestion of deity, it will be printed with a capital. Where, as here, it corresponds to "Dear me," "Oh dear," and the like, I have thought it more reverent to print with d.]

Page 6.

[Footnote 18: de qui tenir, a parent from whom to inherit it.]

[Footnote 19: See p. 2, note 4.]

[Footnote 20: manque chavirer (capsize), for the more usual manque de chavirer.]

[Footnote 21: fete, not "birthday" as with us, but baptismal day, or day of her patron saint.]

[Footnote 22: vous ira, will become you.]

Page 7.

[Footnote 23: vous, on you. A colloquial use.]

[Footnote 24: a vous toute seule, i.e., without the rejuvenating effect of my company. For the feminine ending of the adverb toute see any grammar.]

[Footnote 25: I have no skill in that. Ingenuously.]

[Footnote 26: One really cannot be more considerate, pas is emphatic.]

Page 8.

[Footnote 27: petite marquise! you little aristocrat!]

[Footnote 28: s'il est gai, isn't he light-hearted? or, how light-hearted he is!]

[Footnote 29: Cimarosa (1740-1801), Italian composer, noted for the graceful charm of his vocal music, especially in light opera.]

Page 9.

[Footnote 30: bien ne, of noble birth, of aristocratic breeding.]

[Footnote 31: bien de sa personne, pleasing in his appearance.]

[Footnote 32: bonne compagnie, good breeding, good society.]

[Footnote 33: me mettent hors de moi, exasperate me.]

[Footnote 34: nous deconsidere, is humiliating or derogatory to us.]

ACT I. SCENE 4.

Page 10.

[Footnote 35: Leonie, by thus endeavoring to shield Charles from blame, betrays the dawning of her love.]

[Footnote 36: Du tout, Not at all.]

Page 11.

[Footnote 37: Leonie naively mistakes her anger with herself for loving Charles for anger with Charles. This is a true and charming bit of feminine psychology.]

ACT I. SCENE 5.

[Footnote 38: mechant enfant, you naughty boy. Affectionately reproachful.]

Page 12.

[Footnote 39: il. She uses the third person singular, as one might in affectionately reproving a child.]

[Footnote 40: il s'agit de vos jours, your life is at stake.]

[Footnote 41: Consulat and Empire, governments of France from 1799 to 1804, and from 1804 to 1814, and for some months in 1815.]

[Footnote 42: n'en pensent mais, equivalent to n'en peuvent mais, can't help it, or, have nothing to do with it. This use of mais (Latin magis) is colloquial.]

[Footnote 43: en verve, on his mettle.]

Page 13.

[Footnote 44: crieurs des rues, newsmongers, men corresponding somewhat to our newsboys.]

[Footnote 45: soeur. Cp. p.11, line 21.]

Page 14.

[Footnote 46: A la bonne heure! Well done, here, but with very varied shades of meaning, that must be caught always from the context.]

[Footnote 47: The campaign of 1812-1813 is meant. Its chief events were the burning of Moscow (October, 1812), Napoleon's very disastrous retreat thence, and the defeat of the French at Leipzig in October, 1813.]

[Footnote 48: See p. 2, note 1.]

[Footnote 49: voiture de place, public cab.]

[Footnote 50: Lambert. Curiously enough, the three Lamberts known to the history of this time were all emigres, and one of them a Russian general during the invasion of France. The name is therefore somewhat unfortunately chosen.]

Page 15.

[Footnote 51: decoration, i.e., the Cross of the Legion of Honor, founded by Napoleon I., and since always regarded as the highest of such distinctions in France. The cross is not usually worn, but in its place a bit of red ribbon in the buttonhole.]

[Footnote 52: n'y serais plus, i.e., should have been already shot.]

ACT I. SCENE 6.

[Footnote 53: bien, properly dressed, "all right." Cp. p. 9, note 2.]

[Footnote 54: cravate, neck-band. Part of her riding-habit.]

ACT I. SCENE 7.

Page 16.

[Footnote 55: il le croit, he really thinks so, while in fact he would be frightened.]

[Footnote 56: Ah! ca, Come now. Often the phrase indicates impatience or surprise. For instance, p.45, line 8.]

[Footnote 57: Bucephale, Bucephalus, famous horse of Alexander the Great.]

ACT I. SCENE 9.

Page 17.

[Footnote 58: par etat, by my profession as maitre des requetes.]

[Footnote 59: tiens de, take after, or inherit from.]

Page 18.

[Footnote 60: pointe, like fougueux and enfourcher below, is in this sense (dawns, rises) rhetorical and poetic.]

[Footnote 61: emporte, carried the day.]

[Footnote 62: provoquer, i.e., to a duel such as became almost epidemic in France in the years that followed Waterloo (1815).]

ACT I. SCENE 10.

Page 19.

[Footnote 63: J'aime autant, I'd just as lief. Contrast this timidity with the assumed boldness of the close.]

ACT I. SCENE 11.

Page 20.

[Footnote 64: en voulais, were angry with. Cp. p.22, line 27; p.26, line 12; p.57, line 12.]

Page 21.

[Footnote 65: flacon, vinaigrette, bottle of smelling-salts.]

[Footnote 66: evanouie. This fainting combined with feminine tact the advantages of consciousness and unconsciousness.]

[Footnote 67: inquietude, because she sees already a prospective rival in her love.]

Page 22.

[Footnote 68: avec abandon, yielding to her emotion.]

[Footnote 69: quinze jours, fortnight. Cp. huit jours, "week."]

[Footnote 70: m'en voulez, are displeased with me, "lay it up against me." Cp. p.20, note 1.]

[Footnote 71: toi. Except when used of deity tu, te and toi imply endearment or condescension, as, e.g., to servants, children, animals, etc. The change from toi to vous would therefore imply a coolness between the aunt and niece.]

Page 23.

[Footnote 72: Va-t'en, Leave me, Let me be alone.]

[Footnote 73: A la bonne heure, Well, expressing surprise and relief that the countess has dismissed her with a kiss.]

ACT I. SCENE 12.

Page 24.

[Footnote 74: servons-nous-en, I'll put it to the proof. Since the French have no first person singular imperative, they are forced to use either the plural, as here, or the subjunctive.]

ACT I. SCENE 13.

Page 25.

[Footnote 75: mon dieu, heavens! He is frightened at his own courage. When dieu contains no thought of deity, I consider it more reverent to use d. French usage varies. Cp. p.5, note 2.]

Page 26.

[Footnote 76: avec joie at the thought that she is still beautiful enough to be loved by a young man, and so possibly by Henri. De Grignon naturally misinterprets it.]

[Footnote 77: dussiez-vous, even though you should. The imperfect subjunctive, being avoided (See p.3, note 3), has, when used, a peculiar emphasis.]

[Footnote 78: Bal champetre, Rural dancing party, or festival, at which the masters may mingle with their servants and retainers.]

Page 27.

[Footnote 79: nous jugera, i.e., judge between us.]

[Footnote 80: Et moi donc, equivalent to, And think how I must feel.]

ACT II. SCENE 1.

[Footnote 81: marechal des logis de dragons, sergeant of dragoons.]

Page 28.

[Footnote 82: prefet, prefect, governor of a department, appointed by the central authority. There are now in France 87 departments, divided into 362 arrondissements and some 36,000 communes.]

[Footnote 83: parfaite, very courteous or kind.]

[Footnote 84: bien en cour, a favorite at court.]

[Footnote 85: fermes, homesteads, tenantries.]

Page 29.

[Footnote 86: demi-lieue. As now used the lieue is colloquially 4 kilometres, or 2-1/2 miles. The old lieue was of 4,444 metres, or not quite 3 miles, and there is also a lieue marine of 5,555 metres, or 3 nautical miles. Say: hardly a mile and a half.]

[Footnote 87: Si, Of course, or Certainly, here.]

Page 30.

[Footnote 88: quel bonheur, how fortunate, i.e., for me.]

Page 31.

[Footnote 89: brigadier, sergeant.—expres, messenger.]

[Footnote 90: tiens a, desire to.]

Page 32.

[Footnote 91: n'assistiez seulement pas, were not even present.]

[Footnote 92: duo, duet. Italian.]

Page 33.

[Footnote 93: brava, good. Feminine of the Italian bravo. This grammatical accuracy shows good breeding.]

Page 34.

[Footnote 94: cadette, younger. Properly of sisters, but see dictionary.]

[Footnote 95: original, curious, queer, "peculiar." Distinguish from originel, "original."]

[Footnote 96: cantabile (sound the e-final), piece of vocal music. Italian.]

Page 35.

[Footnote 97: incultes, uncultivated in musical matters.]

[Footnote 98: gauche, embarrassed, rather than "awkward."]

[Footnote 99: tenait de, had a sort of.]

Page 36.

[Footnote 100: arbre fortune, i.e., the orange-tree.]

[Footnote 101: ses yeux ... a lui, his eyes—you know whom I mean.]

Page 37.

[Footnote 102: effacees, drawn back and down so as to set off the corsage.]

[Footnote 103: Que trop, Only too charming.]

Page 38.

[Footnote 104: depare. Note the play on parer, and compare the English saying: Beauty when unadorned is most adorned.]

[Footnote 105: rester court, stop short from embarrassment.]

[Footnote 106: J'y suis, I have it, i.e., know what I will do.]

ACT II. SCENE 4.

Page 39.

[Footnote 107: traversent, cross over. A figure in the quadrille.]

ACT II. SCENE 6.

Page 40.

[Footnote 108: a en etre, have a part in it.]

[Footnote 109: Toujours du roman, You are always a little romantic in your ideas.]

Page 41.

[Footnote 110: m'en defendre, help it.]

[Footnote 111: Qu' ... belle, How beautiful. Though this use of que is very common, it often puzzles beginners.]

[Footnote 112: vienne la sentence, let the sentence come. Optative.]

[Footnote 113: madrigaux, pretty speeches; properly "madrigals," or love-songs, in the artificial pastoral manner. Originally a form of musical composition.]

Page 42.

[Footnote 114: desinteressement, unselfish devotion. This speech is a good example of what the French call blague,—a sort of light-hearted mockery of moral ideals. See my note to "Le Gendre de monsieur Poirier," p. 5, note 7.]

Page 43.

[Footnote 115: original, queer, "a strange coincidence." Not "original" (originel), Cp. p. 34, note 2.]

ACT II. SCENE 8.

[Footnote 116: Que de, How many.—a, i.e., I ought to.—me valoir, gain for me.]

[Footnote 117: de plus longue date, for longer, since a longer time.]

[Footnote 118: a titre d', because you were an, here.]

Page 44.

[Footnote 119: The countess says that she will place him under such obligations as to make any adequate return difficult, but she means to convey to the audience the malicious implication that she will make it hard (difficile) for him to feel any gratitude to her at all.]

[Footnote 120: Sa Majeste, i.e., Louis XVIII. Note the gender.]

Page 45.

[Footnote 121: c'en est fait, it's all over with that.]

[Footnote 122: Horace, Horatius, the hero of Corneille's tragedy Horace, one of three brothers who fought for Rome against the Alban brothers Curiatii, who were their relatives by marriage. In speaking to his brother-in-law of the approaching fight Horace uses the words (Act II., Scene 3):

Albe vous a nomme, je ne vous connais plus,

a verse which is here parodied. For the story of the Horatii, see any classical dictionary.]

[Footnote 123: un peu long because its former half has, when pronounced according to the rules of French prosody, seven syllables, while an alexandrine hemistich should have but six, as this will have if bonapartiste is spoken without the final e.]

[Footnote 124: Corneille (1606-1684) was the first of the great French classical dramatists, and in the opinion of many the greatest French tragic poet.]

[Footnote 125: Ah! ca, By the way. Cp. p. 16, note 2.]

Page 46.

[Footnote 126: inqualifiable, unspeakable.—sanglante, outrageous. Both adjectives are too strong to accord with the rest of the scene.]

[Footnote 127: Attend to your duties and go.]

[Footnote 128: The year indicated is 1799, when the Vendeeans had been excited by English emissaries to a revolt from their temporary submission to General Hoche in 1795. But this does not agree with the statement of p. 47, line 32.]

[Footnote 129: procureur, prosecuting officer, who combined the functions of the modern procureur and the juge d'instruction,—functions that have nothing corresponding to them in English justice or in American procedure.]

Page 47.

[Footnote 130: a ma barbe, "under my nose," "before my very eyes."]

[Footnote 131: Moreau (1763-1813), "the greatest general of the French republic after Napoleon and Hoche," after winning the great victory of Hohenlinden, December, 1800, intrigued against Napoleon, and was forced to leave France in 1804. He continued his scheming while in exile, and in 1813, while serving in the Russian army, he was mortally wounded at the Battle of Dresden. But before leaving France he, or more probably his ambitious wife, had gathered all the elements of discontent with the self-seeking of Napoleon into a cabal called the club Moreau, of which these fugitive compagnons may be supposed to be members, for the club was relentlessly suppressed by Napoleon.]

[Footnote 132: #98# (quatre-vingt-dix-huit). #1804# (mil huit cent quatre). These are not the dates indicated, p. 46, line 20, or p. 47, line 6. #1804# is not douze ans apres (p. 47, line 6) either #1798# or #1799#. Then, too, '98 was a comparatively quiet year in Vendee. On the other hand the countess would have been, as she says (p. 46, line 33), then fourteen if she was thirty-three (p. 7, line 25) in 1817.]

Page 48.

[Footnote 133: mansarde, attic or garret. Properly a sort of gambrel-roof introduced into France by the architect Mansard (d. 1666).]

[Footnote 134: defiance, mistrust.]

[Footnote 135: Prenez des forces, recruit your strength.]

ACT II. SCENE 9.

Page 50.

[Footnote 136: Ou veut-il en venir, What is he "driving at?"]

[Footnote 137: surcroit de gages, in addition to your wages.]

[Footnote 138: Le voici, He's caught, i.e., he has yielded to the temptation of Montrichard's bribe.]

[Footnote 139: de l'argent gagne. There is a double entente here. Montrichard understands "money as good as earned," because Henri feels sure of success. Henri means that the audience shall understand him to say "money already earned," because he has already shown the outlaw to Montrichard.]

ACT II. SCENE 10.

Page 51.

[Footnote 140: Et d'un, There's one.]

[Footnote 141: personnage muet, man who doesn't count. Technically one who appears on the stage but does not speak.]

[Footnote 142: cour prevotale, provost court, or "court martial," "a criminal tribunal temporarily established, and judging without appeal" (Littre).]

[Footnote 143: bord, party, side, or way of thinking. See also dictionary.]

[Footnote 144: notre classe. This is a delightful touch. Montrichard, having been republican and bonapartist, now chooses to regard himself as one of the original aristocracy.]

Page 52.

[Footnote 145: signalement, description issued by the police for the identification of fugitives from justice.]

[Footnote 146: avait le temps. This bears out the regret of Leonie, p. 2, line 16.]

[Footnote 147: romanesque, romantic. Note that while at the date of this play, 1851, romanticism was no longer the fashion for men in Paris, it was still thought attractive in young girls, especially among the landed aristocracy. See my edition of "Le Gendre de monsieur Poirier," p. 46, note 3.]

Page 54.

[Footnote 148: pour acquit de conscience, to ease my conscience.]

[Footnote 149: placards, cupboards with a suggestion of hiding-chambers, such as were built in the thick walls and enormous chimneys (cheminees) of many ancient houses both on the Continent and in England.]

[Footnote 150: garcons de ferme, farm-hands.—hommes de peine, laborers, here perhaps the stable-boys and grooms.]

Page 55.

[Footnote 151: That is, friends whose lives depend on his life.]

Page 56. [Footnote 152: The humor is the same here as p. 50, line 26.]

[Footnote 153: une malheureuse ... courage, a poor, faithless coward.]

ACT II. SCENE 15.

Page 58.

[Footnote 154: brigadier, sergeant, commanding from four to six gendarmes or mounted police. See p.31, note 1.]

ACT III. SCENE 1.

Page 59.

[Footnote 155: trop, quite, here.]

Page 61.

[Footnote 156: fosses, moat, for this was an ancient ancestral castle.]

[Footnote 157: Par exemple, However, here.]

[Footnote 158: donne sur, fronts on, looks out on.]

[Footnote 159: bouquet de bois, clump of trees, here.]

[Footnote 160: galonne, trimmed with gold lace.]

[Footnote 161: Quand je, Didn't I.]

ACT III. SCENE 2.

Page 62.

[Footnote 162: la, equivalent to preoccupied with.]

[Footnote 163: chateaux en Espagne, castles in Spain, i.e., air castles, foolish fancies.]

Page 63.

[Footnote 164: j'ai failli me jeter, I almost threw myself. Literally, "I just missed throwing myself."]

Page 64.

[Footnote 165: les jours, the life. Common in exalted and classical styles.]

[Footnote 166: Du tout, Not at all.]

[Footnote 167: guides, reins.]

Page 66.

[Footnote 168: pousse, i.e., into what a self-contradictory position my double nature has forced me. Cp. pp. 17, 18.]

ACT III. SCENE 3.

[Footnote 169: ouvrage, fancy work.]

ACT III. SCENE 4.

Page 67.

[Footnote 170: donnerez pas le change, put off the scent. A hunting term.]

[Footnote 171: m'en garderais bien, i.e., take good care not to, pretending that his search amuses her because it will certainly fail.]

[Footnote 172: Ah! ca, Really now. Mockingly.]

ACT III. SCENE 5.

Page 69.

[Footnote 173: en bourgeois, in citizen's dress. Similarly, en domestique, p.70, line 11.]

ACT III, SCENE 6.

Page 70.

[Footnote 174: Dieu, etc., Goodness, how afraid I am that I shall be afraid.]

Page 71.

[Footnote 175: a moi, in my service.]

[Footnote 176: en reponds, answer for him, i.e., guarantee his innocence.]

Page 73.

[Footnote 177: grand dieu, great heavens, do you call that wit and tact! Do you suppose, etc.]

Page 74.

[Footnote 178: vous payer de, repay you for. Note the difference between this and vous payer tout, "pay you all."]

ACT III. SCENE 7.

[Footnote 179: courrier, despatch, here. Cp. p.4, line 17.]

Page 75.

[Footnote 180: passe avant, takes precedence of. The term is from aristocratic etiquette.]

[Footnote 181: j'y pense, it just occurs to me.]

ACT III. SCENE 9.

Page 78.

[Footnote 182: prerogatives, consideration. For instance, one might choose to be shot rather than guillotined, to look death in the face with unbandaged eyes, and to give the command to fire, all matters regarded as questions of honor by soldiers sentenced to death.]

[Footnote 183: sans bruit, unostentatiously, but de Grignon takes it literally. The rest of this scene recalls not unsuccessfully Moliere's sans dot in "l'Avare," Act I., Scene 5.]

ACT III. SCENE 10.

Page 80.

[Footnote 184: de gaiete de coeur, frivolously or wantonly, here.]

ACT III. SCENE 11.

Page 81.

[Footnote 185: reellement is meant to hint a pity that foreshadows the dawn of the love suggested in p. 93, line 7.]

Page 82.

[Footnote 186: tant y a-t-il que, any way this much is certain that.]

[Footnote 187: j'ai ce qu'il me faut. The phrase has a touch of irony that is not in de Grignon's character.]

ACT III. SCENE 12.

Page 83.

[Footnote 188: feu de file, volley fire.]

Page 85.

[Footnote 189: je le voudrais bien, I wish it had been, it would have been so comical. This was of course practically a confession.]

Page 86.

[Footnote 190: vingt-cinq louis. See p. 72, line 28.]

ACT III. SCENE 13.

Page 87.

[Footnote 191: il is masculine; wherever he may be found.]

ACT III. SCENE 14.

Page 88.

[Footnote 192: je le pense, I really think so. He is surprised at the change in his character that his magnanimity has produced in him; a psychological touch as delicate as it is true.]

[Footnote 193: en sentinelle, play the sentinel.]

ACT III. SCENE 15.

Page 89.

[Footnote 194: lui en veux, are hurt with him for it. For the ordinary use, cp. p. 20, line 29, and p. 85, line 16.]

Page 90.

[Footnote 195: promesse, alluding to p.74.]

[Footnote 196: de grace, for mercy's sake.]

Page 91.

[Footnote 197: Note that to the very end Leonie does not suspect either her aunt's love or her self-sacrifice.]

[Footnote 198: jupes. Fortunately for the possibility of this concealment, neither the skirts of 1817, nor those of 1851, were like those of recent years.]

ACT III, SCENE 16.

[Footnote 199: Amnesty to political offenders was the settled policy of Louis XVIII. from the first, though he was often thwarted by his advisers.]

Page 92.

[Footnote 200: y avons donne, have fallen into it, i.e., the trap.]

Page 93.

[Footnote 201: vous avez beau dire, it is vain for you to protest.]

[Footnote 202: chemin faisant, on the way.]

[Footnote 203: Ne parlons pas de cela. This is as far as she can becomingly go; and yet so far she must go. We should be disappointed if de Grignon's devotion were left without hope of reward, and yet the wound must be healed before the new love can declare itself.]

[Footnote 204: les as et les rois, the leading honors at cards. There is a double play on these words in what follows. First, the countess gently reproaches Henri for failing in the traditional loyalty of his family to the restored royal family; then, secondly, she alludes to the rivalry of herself and Leonie as a strife of queens (bataille de dames), to whom Henri is the roi who can make a "marriage" (technical term at cards) with either he will.]



VOCABULARY

NOTE. Articles and their contractions with a and de, personal and possessive pronouns and words to be rendered in every case by like words in English (e.g. action, affection) are omitted in this vocabulary. Irregularly formed plurals and the feminine endings of adjectives are noted. Irregular verbal forms are entered in alphabetical order.

A

a, see avoir.

a, at, in, to, for, from, with; etre ——, belong to; —— ce que, as.

abandon, m.; avec ——, unrestrained.

abandonner, abandon.

abime, m., abyss, destruction.

abord; d'——, in the first place, at first.

absolument, absolutely.

absoudre, absolve, p. 24, l. 22, make guiltless.

absurde, absurd.

accabler, overwhelm.

accent, m., tone, accent; p. 9, l. 7, —— de bonne compagnie, refinement of manners.

accepter, accept, receive.

accompagner, accompany, escort.

accomplir, fulfil, accomplish.

accord, m.; d'——, p. 77, l. 4, agreed.

accorder, allow, grant.

accrocher; s'——, be caught.

accuser, charge, accuse.

acheter, buy.

achever, finish.

acquit, m., acquittal, receipt; p.54, l.9, pour —— de, to ease.

acquitter, acquit; s'—— de, fulfil, discharge.

acte, f., act.

acti-f, -ve, active.

adieu, good-bye.

adjectif, m., adjective.

admirable, wonderful, admirable.

admirer, wonder at, admire.

adopter, adopt.

adorer, worship.

adresse, f., skill, cleverness, tact; address.

adresser, address; s'——, apply.

adroitement, skillfully, adroitly.

adversaire, m., adversary.

affaire, f., affair; pl., business.

affecter, affect, stimulate, make a show of.

affliger, afflict, grieve.

affreu-x, -se, dreadful.

age, m., age; p.30, l.10, en bas ——, young.

agir, act; s'—— de, be about, concern; p. 12, l. 9, be at stake.

agitation, f., agitation, restlessness.

agiter; s'——, be restless, be excited, be wrought up.

ah, oh.

aide, f., help.

aider, help, assist.

aie, see avoir.

aille, see aller.

ailleurs, elsewhere; d'——, besides.

aimer, love, like; —— mieux, prefer.

aine, oldest, elder.

ainsi, so, thus, therefore.

air, m., air, look; aria (music).

aise, f., comfort; p. 77, l. 26, etre a mon ——, feel comfortable.

ait, see avoir.

ajouter, add.

ajuster, straighten; p.15, l.22, "fix."

alarmer; s'——, become alarmed.

alerte, f., alarm.

Allemagne, f., Germany.

aller, go, become, walk; be going to; be becoming; s'en ——, take leave, go away; —— chercher, go and get; —— voir, go and see.

allie, m., ally.

allons! come! cheer up! never mind!

alors, then.

amabilite, f., amiability.

ame, f., soul, heart, feeling.

amener, bring, lead, take to.

ami, m., -e, f., friend.

amitie, f., friendship.

amnistie, f., amnesty.

amour, m., love.

amoureu-x, -se, in love, lover.

amusant, -e, amusing.

amuser, entertain, amuse.

an, m., year.

ancien, -ne, old, former.

ange, m., angel.

angelique, angelic.

anglais, -e, English.

angoisse, f., anguish.

animer, enliven, animate.

annee, f., year.

annoncer, repeat, announce.

antichambre, f., reception room.

antipathie, f., antipathy, repulsion.

anxiete, m., solicitude, anxiety.

apercevoir, notice, perceive.

apercoit, apercu, see apercevoir.

apparaitre, appear.

apparence, f., appearance.

appartement, m., room (properly) suite of rooms.

appartenir, belong.

appartient, see appartenir.

appeler, call; s'——, be called.

applaudir, applaud.

apporter, carry, bring.

apprendre, learn, teach, discover, inform, tell how.

appreter, prepare.

appris, see apprendre.

approcher; s'—— de, approach, come near to.

approuver, approve.

apres, after; afterwards.

arbre, m., tree.

ardent, -e, fiery, ardent.

argent, m., silver, money.

arme, -e, armed.

armee, f., army.

armoire, f., closet, cupboard.

arracher, snatch, tear.

arrestation, f., arrest.

arret, m., decree, arrest.

arreter, arrest, stop; s'——, stop.

arrivee, f., arrival.

arriver, arrive, come, succeed, happen.

as, m., ace (at cards).

as, see avoir.

ascendant, m., ascendancy.

asile, m., asylum, refuge.

asseoir; s'——, sit, be seated.

asseyez, see asseoir.

assez, enough.

assied, assis, see asseoir.

assister (a), attend, be present at.

assoie, see asseoir.

assurer, assure.

attacher, attach.

attaquer, attack, p. 34, l. 31, begin to sing.

atteindre, reach, strike, attain.

atteler, harness (horses).

attendant; en ——, meanwhile; en —— que, until.

attendre, wait, await; s'—— a, expect.

attirail, m., p. 46, l. 2, train.

au-devant de, in front of.

aucun,-e, anyone, some one; ne ... ——, no one, none, not any.

audace, f., assurance, audacity.

aujourd'hui, today; d'——, p. 16, l. 2, today.

auparavant, before; p. 36, l. 27, first.

aupres de, near, with.

aurai, etc., aurais, etc., see avoir.

aussi, also, and so; —— ... que, as ... as.

aussitot, immediately; —— que, as soon as.

autant, as much, as well; the same.

autour de, around, about.

autre, other.

avance, f., advance; d'——, in advance.

avancer, bring up; s'——, come forward.

avant, before.

avec, with.

avenir, m., future; a l'——, hereafter.

aventure, f., adventure.

aversion, f., dislike, aversion.

avertir, inform, give notice.

aveu, m., admission, confession.

avis, m., opinion, notice.

avoir, have; y ——, be, be the matter; —— besoin de, be in need of, want to; —— peur, be afraid; —— raison, be right; —— tort, be wrong; —— beau (with infinitive), in vain (with finite verb).

avouer, acknowledge, confess.

ayant, see avoir.

azalea, f., azalea.

B

bah! pooh! really!

baiser, kiss.

baiser, m., kiss.

baisser, lower, cast down (eyes).

bal, m., ball (dancing).

balle, f., ball, bullet.

bander, bandage.

barbe, f., beard: a ma ——, under my nose.

barque, f., boat.

bas, -se, low; p. 16, l. 4, au —— du perron, at the foot of the steps.

bat, bats, see battre.

bataille, f., battle.

battre, beat.

beau, bel, belle, fair, beautiful; avoir ——, see avoir.

beaucoup, much, many.

beni, -e, blessed.

benir, bless.

besoin, m., need.

betement, stupidly.

bien, well, very well; surely, really, indeed, of course; right, in order, proper; however; p. 28, l. 21, well liked; p. 11, l. 11, nicely; en ——, p. 92, l. 27, for good; eh ——, well! well? c'est ——, all right, that will do; voudrais ——, should like.

bienfaitrice, f., benefactress.

bienheureu-x, -se, happy, fortunate, blissful; p. 34, l. 28, blessed.

bien-ne, of good family.

bienveillant, well disposed, kindly.

billet, m., note.

blamer, blame.

blan-c, -che, white.

blesser, wound, hurt.

blessure, f., wound.

boire, drink.

bois, m., wood, p. 61, l. 14, trees.

bois, boit, see boire.

bon, -ne, good.

bonapartiste, Bonapartist.

bonheur, m., happiness; quel ——! how fortunate!

bonhomie, f., good humor.

bonjour, m., good day! good morning!

bonte, f., goodness, kindness.

bord, m., side, party; p. 92, l. 9, front.

bouche, f., mouth.

bouquet, m., bouquet, bunch of flowers; —— de bois, clump of trees.

bourgeois, -e, civilian; en —, p. 69, l. 19, in citizens' dress.

bourse, f., purse.

bout, m., end.

brancard, m., stretcher, litter.

branche, f., branch.

bras, m., arm.

brava! f., good! (Italian).

brave, good, brave.

braver, dare.

bravo! m., good! (Italian).

brigadier, m., sergeant.

brillant, -e, lustrous, brilliant.

bruit, m., sound, rumor, publicity; sans ——, p. 78, l. 29, unostentatiously.

brulant, -e, ardent.

bruler, burn, be on fire, be eager.

brusquement, abruptly.

Bucephale, m., Bucephalus.

buisson, m., shrubbery, bushes.

but, m., end, purpose; p. 66, l. 6, dans quel ——, what for.

C

ca, see cela.

ca; ah ——, p. 16, l. 14, come now! p. 45, l. 8, by the way; p. 67, l. 28, really now!

cabaler, intrigue.

cacher, hide.

cachot, m., cell, prison.

cadet, -te, younger (son or daughter).

cajolerie, f., coaxing.

calcul, m., calculation, reckoning.

caleche, f., open carriage.

calme, m., calm; du ——, p. 39, l. 17, show self control.

calmer; se ——, be calm, control oneself.

campagne, f., campaign (war); open country.

canape, m., sofa.

candeur, f., frankness.

cantabile, m., piece of vocal music (Italian).

capitaine, m., captain.

car, for.

carabinier, m., carabineer (soldier armed with a carbine for scouting service).

caractere, m., character.

carnet, m., note book.

categorique, absolute, explicit.

cause, f., cause; a —— de, on account of; p. 44, l. 19, bonne ——, i.e. the Legitimist Monarchy.

causer, cause, talk.

cavalier, m., rider, gentleman, partner (in dancing).

ce, cette, this, that, it.

Cecile, f., Cecilia.

cela, this, that, it.

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